Dépression à l’adolescence

Qu’est ce qu’une dépression adolescente? Comment savoir quand il faut s’inquiéter pour son enfant?

On estime que près de 8 % des adolescents souffriraient d’une dépression, ce qui en fait un des troubles psychologiques les plus fréquents à cet âge. Avant la puberté, les garçons sont autant touchés que les filles. Mais, après le début de la puberté, les filles souffrent deux fois plus de dépression que les garçons.

La dépression prend une forme différente chez l’adulte et chez l’adolescent. Il est donc important de mieux comprendre ce trouble psychologique, afin d’en reconnaître les premiers signes.

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Les dépressions à l’adolescence : définition

Le terme de dépression de l’adolescent désigne en fait des situations très différentes allant de l’ambiance dépressive liée aux modifications physiologiques et psychologiques de l’adolescence jusqu’aux états mélancoliques les plus graves.

L’expression de la dépression chez l’adolescent est plus changeante et plus difficile à repérer que la dépression adulte. Comme chez les enfants (voir notre article à ce sujet) il est parfois difficile de repérer une dépression d’où l’importance de demander conseil à un professionnel lorsque l’on s’inquiète à ce sujet.

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Syndrome dépressif

Pour commencer, comme chez l’adulte, la dépression peut prendre la forme d’un syndrome dépressif.  On appelle syndrome une série de symptômes qui, associés ensembles, évoquent un trouble psychologique spécifique.

Le syndrome dépressif est constitué de l’association de quatre groupes de signes :

  • Le trouble de l’humeur : Tristesse, idées noires, voire idées et conduites suicidaires, sentiment d’ennui, perte des intérêts, indifférence affective, et parfois troubles du caractère d’apparition récente, souvent à type d’irritabilité ;
  • Des sentiments et des pensées, notamment d’infériorité et d’incapacité (avec perte de l’estime de soi, vision négative de soi), ou des sentiments de culpabilité ;
  • Une difficulté à agir qui se traduit par de l’asthénie, une fatigabilité, voire un sentiment d’épuisement, un ralentissement psychomoteur ;
  • Des symptômes somatiques avec des troubles du sommeil (insomnie et/ou hypersomnie), des troubles du comportement alimentaire (perte d’appétit le plus souvent, mais parfois hyperphagie, notamment chez l’adolescent), des plaintes somatiques diverses (douleurs abdominales, céphalées…).

Dans les classifications internationales (notamment le DSM-V), pour pouvoir parler de dépression, il faut que ces signes soient présents tous les jours pendant une période suffisamment longue, d’au moins 15 jours.

Ces groupes de signes constituent la symptomatologie de base du syndrome dépressif, commune à tous les âges de la vie, mais comme nous allons le voir, à l’adolescence la dépression va prendre une forme (les psychiatres parlent d’une « coloration ») spécifique.

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Dépression à l’adolescence : comment la reconnaître ?

La dépression de l’adolescent pose le problème de son expression. En effet, comment différencier une véritable dépression de moments de tristesse liées aux changements qui s’opèrent à l’adolescence ?

Il est donc important de décrire précisément les différentes formes de dépression à l’adolescence.

Comme l’explique le docteur Daniel Marcelli, professeur émérite de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, la dépression à l’adolescence est très difficile à repérer :

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Différentes formes de dépression

Il existe quatre formes principales de la dépression à l’adolescence: l’état de morosité, la dépression juvénile d’infériorité, l’épisode dépressif majeur, et la dépression mélancolique. Voyons en détail ces différents troubles psychologiques.

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État de morosité

Lié à la période de l’adolescence et à ses remaniements, cet état est situé à la limite de la normalité. Il associe un désintérêt (relatif) vis-à-vis du monde environnant, un sentiment d’ennui (« j’en ai marre », « ça sert à rien, je sais pas quoi faire ») et de tristesse, avec parfois des crises de larmes réactionnelles à des événements minimes.

Il s’agit d’un état passager, changeant. La morosité n’est pas présente dans toutes les situations (elle ne s’exprime qu’à la maison ou qu’à l’école par exemple).

L’état de morosité se différencie d’une véritable dépression dans la mesure où il va pouvoir évoluer dans le temps De plus, en règle générale, cet état se caractérise par le maintien des activités habituelles et l’absence de culpabilité.

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Dépression juvénile d’infériorité

Il s’agit d’une dépression dont la symptomatologie centrale s’organise autour de la perte d’estime de soi. Elle est liée principalement à l’importance des changements concernant l’identité et la manière de se définir propre à l’adolescence. L’adolescent supporte mal d’avoir perdu son identité d’enfant sans être devenu encore un adulte.

Elle associe un repli sur soi, des idées d’incapacité ou d’infériorité :« je suis nul », « j’y arriverai pas »…

Face à ces questionnements identitaires, les activités physiques et intellectuelles de l’adolescent sont perturbées (notamment sur le plan scolaire) ainsi que sa vie relationnelle et sociale (isolement, repli…).

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Épisode dépressif majeur

Chez l’adolescent, les symptômes de l’épisode dépressif majeur se rapprochent de ceux observés chez l’adulte.

On peut retrouver un ralentissement psychomoteur, un sentiment de tristesse s’accompagnant d’idées suicidaires et d’anhédonie (perte du sentiment de plaisir). Cependant, l’adolescent exprime plus rarement sa souffrance dépressive de manière spontanée.

L’ irritabilité, l’hostilité et les conduites dites caractérielles peuvent remplacer l’humeur dépressive.

La tristesse, la perte de l’estime de soi, le sentiment de culpabilité, les plaintes somatiques, les tentatives de suicide sont plus fréquentes chez les adolescents que chez les adultes.

Chez l’adolescent, les troubles du sommeil se traduisent plus souvent par une hypersomnie diurne (somnolences pendant la journée). Les troubles alimentaires vont souvent se traduire par de l’hyperphagie (le fait de manger de très grandes quantités de nourriture).

On parle d’état dépressif si celui-ci dure depuis plus de 15 jours et qu’il n’existe pas la variabilité que nous avons décrit dans l’état de morosité.

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Dépression mélancolique

On peut rencontrer chez l’adolescent, même jeune (13-14 ans), de véritables épisodes mélancoliques qui peuvent marquer le début d’un trouble bipolaire (ou trouble maniaco-dépressif).

Ces épisodes sont plus graves et plus marqués que des épisodes dépressifs classiques. Ils s’accompagnent souvent d’éléments délirants de culpabilité et de sentiment d’être incurable.

Chez l’adolescent, la dépression mélancolique s’accompagne souvent de symptômes psychotiques (hallucinations, discours incohérent…) que l’on retrouve également dans les bouffées délirantes aiguës.

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Émission sur la dépression et les risques suicidaires chez les adolescents

Émission diffusé en 2009 sur France 3, « Le mieux c’est d’en parler », aborde la question des dépressions graves chez l’adolescent. A la lumière de témoignages de parents et d’adolescents. Le professeur Marcel Rufo, pédopsychiatre, donne, avec le tact qu’on lui connaît, des conseils concrets afin d’aider les parents à distinguer le banal de l’inquiétant.

Vous excuserez la qualité assez mauvaise de la vidéo, mais le propos est, je trouve, juste et bienveillant envers les adolescents et leur familles (ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas à la télévision).

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pour voir la deuxième partie de de cette émission : https://www.youtube.com/watch?v=K_ceT–BPPw

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Dépression à l’adolescence: consulter sur Paris

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Si vous pensez que votre fils ou votre fille souffre de dépression il peut être important de demander conseil à un professionnel.

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Un psychologue de psy-enfant peut vous recevoir que ce soit pour un avis ou un suivi psychothérapique.

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N’hésitez pas à consulter également mon article : « Quand consulter pour un adolescent »

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Sources de l’article: 

Mazet, Difficultés et troubles à l’adolescence

HAS, dépression adolescent

Vincent Joly

Psychologue et psychothérapeute en cabinet libéral et en CMPP, Vincent Joly est professeur à l'université Paris Descartes auprès des étudiants de Master.  Il a publié avec Pierre Gaudriault : Construire la relation thérapeutique, prévenir l'abandon précoce des thérapies (éditions Dunond).

 
Dépression à l’adolescence
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