Le stress : définition et description

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2.1. Le stress

S’il est un terme dont le succès est présent aussi bien au sein de la communauté scientifique que dans l’opinion publique, c’est bien celui de stress. Concept limite de disciplines multiples (biologie, médecine, psychologie, sociologie, etc.), il eut, comme beaucoup d’autre terme médiatisé, une vie et un usage social, notamment dans le monde du travail, qui lui fit perdre beaucoup de sa cohérence si ce n’est de sa pertinence.

Issue du latin « stringere », qui signifie « étreindre, serrer », le terme « stress » fut d’abord utilisé dans la métallurgie pour désigner l’action de déformation du métal sous la tension provoquée par une pression, une charge externe (Stora, J-B, 2010).

Mais le concept stress doit ses lettres de noblesse à Hans Selye, qui, en 1936, décrivit une réaction non spécifique de l’organisme visant à rétablir l’homéostasie perturbée par un agent agresseur, réaction connue sous le nom de « syndrome général d’adaptation ». A ce jour, le concept de stress se retrouve aussi bien dans les disciplines médicales et psychologiques, mais aussi dans des champs tels que celui du travail. Nous indiquerons, très brièvement, les grandes lignes de ces approches du stress.

Point de vue biomédical

Généralement, une situation de stress va entrainer, sur le plan biologique, la mobilisation de deux types de réactions. Dans un premier temps, le système nerveux sympathique et la médullosurrénale, vont immédiatement libérer de l’adrénaline et de la noradrénaline. Cette action est déclenchée par l’hypothalamus et par l’activation du locus coeruleus (Jacque, C., Thurin J-M, 2002).Puis, dans un second temps, la corticolibérine ou corticotropin releasing hormone (CRH) libérée par l’hypothalamus déclenche une production d’ACTH par l’hypophyse qui, à son tour, stimule la production de cortisol par la glande corticosurrénale.

Ainsi, les deux effecteurs périphériques de la réponse biologique au stress sont donc les catécholamines (adrénaline et noradrénaline) et le cortisol.

Les catécholamines orchestrent la mobilisation de l’ensemble des ressources de l’organisme en vue de réagir à la situation ; le cortisol intervient dans un deuxième temps pour assurer l’apport énergétique nécessaire, mais aussi pour freiner et apaiser la réaction de stress.

En bref, le stress est associé à une activation de plusieurs systèmes neuroendocriniens, incluant le système nerveux sympathique et l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HPA selon la terminologie anglo-américaine). L’ensemble constitue une boucle de régulation sensible en de nombreux points aux activités nerveuses et immunitaires, elles-mêmes soumises aux facteurs d’environnement.

Point de vue psychologique

Dans le domaine de la psychologie, le stress est généralement ramené à un état de tension psychique (état d’anxiété) et généralement liée à des manifestations somatiques.

Suite aux travaux de Selye, des psychologues ont commencé à mettre en évidence l’importance des perceptions, c’est-à-dire des processus cognitifs, dans la survenue de l’état de stress. Le modèle transactionnel du stress de Lazarus et Folkman, proposé en 1984, permet de décrire ces processus cognitifs. Ces auteurs postulent que ce ne sont pas les événements eux-mêmes qui déterminent l’apparition d’un état de stress (avec ses conséquences négatives sur la santé physique et mentale des individus). Ce qui est déterminant, ce sont les perceptions et le vécu de ces événements, d’où le terme de « transactionnel » pour définir ces courants de recherche.

Ces perceptions et les stratégies d’adaptation sont souvent ramenées à des « comportements de coping » qui correspondent aux modes de réponse utilisés face à une situation stressante bien spécifiée. Ce faisant, beaucoup de travaux vont s’intéresser à la façon dont les individus gèrent une situation stressante, d’une part, et de la personnalité sous-tendant les mécanismes cognitifs du stress, d’autre part. Par exemple, un certain type de personnalité prédisposant au stress et aux maladies coronariennes a été ont mis en évidence : le type A ou « Type A Behavior Pattern ».

Par la suite, et en continuité aux travaux portant sur le lien entre stress et personnalité, d’autre travaux abordent les caractéristiques des situations de travail potentiellement stressantes pour les personnes. En effet, un ensemble de travaux ont mis en évidence le rôle déterminant des représentations qu’ont les personnes de leurs situations de travail dans les affects liés au travail (satisfaction, motivation…). En bilan de ces travaux, il est remarqué que si les perceptions des situations de travail dans lesquelles sont impliquées les personnes sont liées à la personnalité des individus, ces perceptions ne sont toutefois pas pour autant déconnectées des propriétés objectives du travail.

Dans cette lignée, soulignons les travaux très en vogue actuellement sur le stress au travail, à savoir les théories de Karasek et de Siegrist.

Karasek, au début des années 1980 s’appuie sur trois dimensions comme sources de stress potentiel : la demande, la latitude décisionnelle et le support social.

  •  La demande psychologique est la charge psychologique liée à l’accomplissement d’une tâche, à la quantité et la complexité, aux imprévus, aux contraintes temporelles, aux interruptions et demandes contradictoires.

  •  La latitude décisionnelle repose d’une part sur l’autonomie décisionnelle (le contrôle) et d’autre part sur la possibilité d’utiliser et développer ses compétences

  •  Le support social se base sur le soutien et la reconnaissance reçus par les collègues et la hiérarchie

Dans le modèle de Siegrist, le stress proviendrait d’un déséquilibre entre l’effort produit et la récompense reçue. Si l’effort produit est plus grand que le retour reçu, tôt ou tard, une souffrance s’installe et met en crise la relation qu’elle soit celle d’un couple ou d’un rapport avec un patron. Mais l’inverse est aussi vrai.

Le stress n’est pas un concept psychanalytique et peut être même considéré selon certains auteurs (Porte, 2005) comme une notion antipsychanalytique. En effet, avant d’être envisagé dans sa dimension pathologique, le stress correspond à une modalité d’adaptation psycho-physiologique à un danger indéterminé. Et bien que l’origine étymologique de l’angoisse et du stress soit quasiment la même, (l’angoisse étant issue du latin augustus, « étroit, serré », et le stress du latin stringere, « étreindre »), ces deux termes ne se recouvre pas, ni en tant qu’objet, ni sur le plan théorique.

Ce faisant, la théorie du stress, lorsqu’elle est attachée à des théories psychosomatiques répond davantage à un modèle bio-psycho-social (Engel, 1977 ; Bruchon-Schweitzer, 2001), que psychosomatique tel que nous l’entendons (cf infra).

Bien que nous nous restreignions à une définition plus opérationnelle du terme stress, n’oublions pas que derrière son usage un peu commode se cache bien des complexités conceptuelles et épistémologiques.