Le Moi-Peau, Didier Anzieu

Moi peau : présentation et définition

Le Moi-peau (ou Moi peau) est un concept psychanalytique construit par Didier Anzieu dans son article de 1974 et développé dans divers ouvrages notamment Le Moi-peau, publié en 1985. La notion de moi peau a pour but d’expliquer comment se construit le sentiment d’existence, d’identité du bébé. Ce concept renvoie entre autre à la notion de Self (le Moi) au sens que lui donne par exemple Winnicott. Il s’agit de comprendre comment se constitue le Moi au sens de « moi différent des autres » et non la notion freudienne de Moi (qui elle est à comprendre en la distinguant du Ça et du Surmoi).

Pour Didier Anzieu, ce sentiment d’être une personne unifiée, distincte du reste des phénomènes s’appuie sur la peau.

Sa théorie va avoir un grand succès en France notamment parce qu’elle permet d’offrir une plus grande place au corps qui était jusque là le « parent pauvre » de la psychanalyse.

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Le moi-peau Anzieu

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Le moi peau : définition par Didier Anzieu

Dans son ouvrage éponyme , Didier Anzieu définit le Moi-peau de la façon suivante:

« Par moi-peau, je désigne une figuration dont le moi de l’enfant se sert au cours des phases précoces de son développement pour se représenter lui-même comme moi contenant les contenus psychiques, à partir de son expérience de la surface du corps. Cela correspond au moment où le moi psychique se différencie du moi corporel sur le plan opératif et reste confondu avec lui sur le plan figuratif » (cf. Le Moi-peau, p.29)

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Origine de la notion de moi peau

Didier Anzieu va s’inspirer de plusieurs sources de données pour élaborer le concept de moi peau.
Premièrement il puisera dans les données de l’éthologie issues des travaux de Lorenz sur l’empreinte et surtout des expériences de Harlow sur les petits singes concernant la nécessité de contact avec d’autres êtres de la même espèce.
Deuxièmement il s’inspirera des travaux de pédiatres comme Bowlby, Spitz et Winnicott. Bowlby va postuler l’existence d’une pulsion d’attachement, pulsion primaire indépendante de la sexualité. Le but de l’attachement est une forme d’homéostasie, l’objectif étant pour l’enfant de maintenir une distance à la mère qui la laisse accessible. Winnicott développe lui le concept de phénomène transitionnel ainsi que l’importance du contact avec la mère au travers du holding, du handling et de l’object presenting pour l’intégration du moi. Spitz travaille à son tour sur le phénomène de l’hospitalisme, syndrome dû à des carences de soins affectifs.
Troisième point, les données issues des tests projectifs, notamment les travaux de Cleveland et Fisher qui isolent deux variables nouvelles dans le Rorschach, celles d’Enveloppe et celle de Pénétration, vont également contribuer à la naissance du concept de Moi-Peau.

Enfin, il est important de souligner que la notion de Moi-peau doit énormément à l’école anglaise et notamment aux travaux de Bion et d’Esther Bick. Wilfred Bion a le premier souligné l’importance de la contenance et de la fonction contenante de l’objet. Esther Bick, approfondissant ces réflexions, publie dans les années 60 « L’expérience de la peau dans les relations d’objet précoces ». Elle y décrit la fonction psychique de la peau dans le développement du bébé et son importance dans sa croissance psychique. L’influence d’Esther Bick sur la théorie d’Anzieu a malheureusement longtemps été minimisée en France.

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Nous allons à présent définir les fonctions du Moi-peau telles qu’elles sont explicitées dans son article de 1974:

1.Origine du Moi-Peau


Anzieu va introduire le corps comme dimension vitale de la réalité humaine, comme ce sur quoi s’étayent les fonctions psychiques. Ainsi, le moi s’étaye sur un moi-corporel, le Moi-peau.

Le tout petit reçoit les gestes maternels tout d’abord comme excitation puis comme communication (“le massage devient un message”). C’est à travers les soins corporels et les communications pré-verbales précoces que l’enfant va commencer à différencier une surface comportant une face interne et une face externe, permettant la distinction entre le dedans et le dehors et un volume ambiant dans lequel il se sent baigné, surface et volume qui lui apportent l’expérience d’un contenant. Ce qui relie toutes les parties du corps est un tout unificateur, la peau a alors à voir avec la notion de contenance théorisée par Bion.

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2.Le concept et les fonctions du Moi-Peau

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Le Moi-Peau désigne une figuration dont le moi de l’enfant se sert au cours des phases précoces de son développement pour se représenter lui-même comme moi à partir de son expérience de la surface du corps. L’instauration du moi-peau répond à un besoin d’une enveloppe narcissique et assure à l’appareil psychique la certitude et la constance d’un bien être de base.
Le moi-peau trouve son étayage sur trois fonctions de la peau:

  • c’est le sac qui retient à l’intérieur le bon et le plein de l’allaitement
  • c’est la surface qui marque la limite avec le dehors et contient celui-ci à l’extérieur
  • c’est un lieu et un moyen d’échange primaire avec autrui.

Le moi hérite de cette origine épidermique et proprioceptive la double possibilité d’établir des barrières et de filtrer les échanges.

Ce concept de Moi-Peau sera accueilli avec enthousiasme à cette époque, et il s’est avéré comme une des notions les plus fertiles en psychanalyse pendant plusieurs années après sa création.

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Entretien vidéo avec Didier Anzieu

 

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Par Vincent Joly, psychologue à Paris Nation

Le Moi-Peau, Didier Anzieu
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15 thoughts on “Le Moi-Peau, Didier Anzieu

  • 27 mai 2008 at 0 h 00 min
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    Juste un petit mot pour applaudir cette belle initiative que de proposer des petits résumés/synthèses de textes importants. ça permet d’avoir une vue globale avant de se diriger vers une lecture ou bien de rafraichir sa mémoire.

    Au fait, paradoxa est-il sur blogasty ?
    c’est un service pas mal pour faire connaitre un blog avec un système de vote bien pensé .

    voici ma page :
    http://blogasty.com/jisee-blog

    voici le groupe psycho:
    http://blogasty.com/psychologie-groupe

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  • 28 mai 2008 at 17 h 01 min
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    Merci!
    Nous pensons continuer à publier régulièrement ce types de courts articles de synthèse (Duarte en a encore quelques uns dans ses cartons..)
    Pour blogasty je ne connaissais pas, et c’est, en effet, très intéressant. Paradoxa a donc maintenant sa page (http://blogasty.com/paradoxa-blog) et le groupe « psychologie » de blogasty vient de doubler ses membres 🙂

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  • 12 octobre 2008 at 2 h 05 min
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    Bel article sur le « Moi-peau », assez juste, il faudrait ajouter peut-être qu’Anzieu s’est inspiré aussi des travaux d’Esther Bick et de W. Bion. En tous cas c’est un bel exemple de cette capacité de synthèse dans laquelle Anzieu excellait, ce qui faisait la force de son enseignement et de ses théorisations. Une ou deux remarques en plus : les travaux de Fischer et Cleveland étaient encore assez à la mode quand Anzieu a fait son bouquin, mais ils sont apparus assez décevants ensuite et ne sont plus trop utilisés aujourd’hui. Enfin le concept de « moi-peau » lui-même a été en effet assez « fertile » depuis trente ans, un peu trop peut-être, on a fait pousser sur ce terreau un peu n’importe quoi, les psy et para-médicaux de tous poils l’utilisent à tous propos (un peu comme l’objet transitionnel de Winnicott), et ça rend bien service parfois pour colmater des théories vaseuses. Bon, mais ça doit être la rançon de la gloire et l’abus des bonnes choses.

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  • 19 décembre 2008 at 21 h 37 min
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    je suis psychologue algérienne, j’ai préparé en 2005 un mémoire que j’ai soutenu à l’université de Bourgogne. Il traitait un cas singulier d’une enfant atteinte de dermatose: poikilodermie congénitale. progressivement, mon intuition s’est imposée malgré les réticences de certains professeurs a mettre une hypothèse qui est celle ci: la maladie congénitale est due à un traumatisme vécue par la mère durant sa grossesse (victime de terrorisme) certaines données me laissaient comprendre qu’il y a des souvenirs archaiques, des automatismes qui dataient de la phase foetale, je l’ai operationalisé, et j’ai eu 18/20.
    Ma theorie de base était celle de Didier Anzieu, ce cas m’avait permis de comprendre le vrai sens du concept de moi peau.
    naivement; lorsque je suis allé en france, j’avais enmené une copie spéciale pour ce grand homme, je pensais qu »il était vivant, et je me suis décidé d’aller à paris VII pour le lui donner.
    mais alors que j’étais en stage à l’hopital, j’ai repéré dans les étagères un livre intitulé: hommage à D.Anzieu, je l’ai lu et j’ai appris que Anzieu était mort en 1999, combien de larmes j’ai versé!!! j’aurais voulu le rencontré, peut etre que j’avais besoin d’un maitre, c’est trés important pour un psy…

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  • 22 décembre 2008 at 20 h 42 min
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    Merci pour ce témoignage, il ya quand même quelque chose d’initiatique dans ce voyage. Ca m’a fait penser au magicien d’Oz (mais c’est parce que j’aime bien le magicien d’Oz 🙂 ). Et peut-être qu’il est presque aussi important de trouver un maître que de le chercher.

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  • 17 janvier 2009 at 10 h 50 min
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    je suis psychologue Algérienne exerçant depuis une trentaine d’années et j’ai lu le commentaire de Alioua.Je peux si elle le souhaite lui indiquer la lecture d’un excellent travail sur le « moi peau moi contenant » effectué avec des enfants victimes du terrrorisme avec lesquels une renarcissisation a été rendue possible grace au psychodramme analytique(dispositif qui a permis de lier ce qui a été disjoint dans l’expérience traumatique)

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  • 16 avril 2009 at 21 h 33 min
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    bonsoir Madame Houria,
    connaissez vous Mustapha BEN BOUZID? je suis une amie très proche de lui et il m’a parlé bcp d’une certaine Houria

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  • 5 mai 2009 at 8 h 36 min
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    Moi aussi je serais interressée par la proposition de Ouria parce que je rencontre beaucoup de parents abandonniques, en général c’est lié à l’éxode. J’écris un mémoire la dessus. Ils sont avec leur enfant mais en dehors de la relation parentale en temps réel. Ils sont à un cheveux de l’autonomie, avec un problème de langue, je leur fais donc faire de l’art .(théâtre etc…) Je veux bien des conseils, on me dit très pointue dans mes résultats, je serais censée « aider bien »., mais j’aime bien entrer en concertation avec des personnes plus mûres que moi. J’ai 45 ans , et je lis tout ce qui fait avancer les patients dans une economie de tracasseries inutiles.

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  • 5 mai 2009 at 21 h 39 min
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    Actuellement, où depuis toujours, dans les méandres d’une recherche, j’apprécie vos articles qui me font avancer…

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  • 2 juin 2009 at 9 h 38 min
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    En lisant l’extrait bien synthétisé du moi peau de Didier Anzieu – je fais actuellment une formation de clinicien psychanalytique de couple- je découvre ce petit coin de causette et ai, moi aussi, envie de partager avec vous.
    Il est toujours fort intéressant -et rassurant- de rencontrer -même virtuellement- des personnes en questionnement, en recherche. Conseillère conjugale et familiale, formée par la société de thérapie familiale psychanlalytique aux entretiens familiaux, j’ai découvert Lacan au cours de ma formation de CCF et ai basé mon mémoire (la crise decouple lorsque l’enfant survient) à partir des théories (entre autres) lacaniennes (séminaires 3, 4 et 20). Anzieu qui a fait une première tranche d’analyse avec Lacan lui a reproché de lui avoir caché qu’il avait analysé sa mère. Mais surtout, il lui reprochait les multiples dérives de sa pratique analytique. Il n’empêche que Lacan a également permis à la psychanalyse d’avancer en reprenant les théories fondamentales freudiennes et, au fond, n’est-ce pas ce qui compte? Chaque théorie est une pierre amenée à l’édifice, qui nous permet de mieux appréhender l’humain et ses méandres. Vaste sujet. Il reste qu’Anzieu est un grand bonhomme.

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  • 21 avril 2011 at 15 h 04 min
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    Je viens seulement de découvrir ce site, je suis très intérresée par l’expérience de psychodrame avec des enfants victimes du terrorisme évoqué par Houria, comment obtenir cette référence?
    Un grand merci

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  • 19 mars 2012 at 13 h 00 min
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    Je ne suis qu’élève amp (aide médico psychologique) en fin de formation, je passe mon diplôme en ce moment. J’ai beaucoup apprécié ce résumé qui fait lien avec les cours que nous avons eus en psycho avec l’institut st laurent de lyon à Ecully. Il permet de comprendre comment un sujet dont le développement psychique a été entravé n’est pas en capacité de se protéger des agressions internes et externes et combien les angoisses peuvent alors être catastrophiques.

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  • 31 mars 2013 at 18 h 13 min
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    Bonjour, je suis élève en shiatsu, et en train d’écrire un mémoire sur la mémoire du corps. Ma formation initiale n’est pas en rapport avec le médical, et ce type résumé m’aide par ce qu ‘il est accessible, parce qu’il ouvre des portes pour aller chercher d’autres informations. Je voudrais aussi dire que tous ces témoignages me touchent et orienter leur curiosité vers le shiatsu qui peut être un outils « épidermique » très utile et très efficace dans les traumatismes. à bientôt

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  • 20 mars 2015 at 15 h 49 min
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    On oublie de dire que D. Anzieu a été prof de philo pendant un an au lycée de Châlons sur Marne et qu’il a laissé un souvenir impérissable, extraordinaire, dans l’esprit de tous ses élèves d’alors.

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  • Pingback: Trabalhos de memória | Óculos Vermelhos

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