Anxiété et troubles anxieux chez l’enfant

Définition des troubles anxieux chez l’enfant

Comment différencier anxiété normale et troubles anxieux ?

L’anxiété n’est pas en soi pathologique. Au contraire, il s’agit d’abord d’une réponse normale à la perception d’un danger, qui va agir pour le corps comme un signal d’alarme. L’anxiété se manifeste par une impression diffuse de malaise, de détresse, par la sensation qu’il existe un danger ou par un sentiment de peur parfois intense.

L’anxiété est normale à certaines étapes du développement de l’enfant. Par exemple, jusqu’à 3 ans environ, la majorité des enfants sont souvent très anxieux à l’idée de se séparer de leurs parents. On dira de l’anxiété qu’elle est pathologique lorsqu’elle vient perturber le développement de l’enfant, qu’elle pose de problèmes importants au quotidien, ou lorsque les stratégies d’évitement prennent toute la place. On parle alors de «trouble anxieux».

Les troubles anxieux regroupent différents types de troubles qui sont des manifestations d’une anxiété ou d’une angoisse importante.

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troubles anxieux: fantômes

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Les cinq grands types de troubles anxieux

L’anxiété peut se manifester de manière très différente selon les enfants. On distingue ainsi cinq grands types de troubles anxieux chez l’enfant:

  • LAnxiété de séparation: Elle est définie comme la survenue d’une anxiété excessive et inappropriée lorsque l’enfant doit se séparer de ses parents (ou d’un substitut parental).
  • L‘anxiété généralisée : Il s’agit d’une anxiété envahissante, présente tous les jours, dans différents secteurs de la vie (école, maison, activités etc.). Elle est définie comme la survenue d’une anxiété excessive et inappropriée lorsque l’enfant doit se séparer de ses parents (ou d’un substitut parental).
  • Le trouble panique : Crise d’angoisse aiguë, survenant de façon brutale. Les personnes vont se mettre à craindre l’apparition d’une nouvelle crise ou ses conséquences.
  • Les phobies : Les phobies sont définies comme une peur irrationnelle, très excessive ou sans fondement. L’agoraphobie (peur intense en rapport avec des lieux d’où il serait difficile ou gênant de s’échapper) ou la phobie sociale (difficulté à s’affirmer devant un public) sont deux types de phobies particulièrement invalidantes.
  • Les troubles obsessionnel-compulsif : Ils se caractérisent par la présence massive d’obsessions (pensées récurrentes et obsédantes) et/ou de compulsions (comportements répétitifs en réaction à une obsession).

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Les troubles anxieux sont-ils fréquents chez l’enfant?

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Les troubles anxieux sont très communs pendant l’enfance et l’adolescence. Leur prévalence est évaluée entre 9 et 32 %. Ce qui veut dire qu‘entre un enfant sur dix et un enfant sur trois risque de souffrir d’une anxiété excessive. La plupart des adultes avec un trouble anxieux, ou un trouble de l’humeur, ont d’abord eu des difficultés avec l’anxiété lorsqu’ils étaient jeunes.

  • Anxiété de séparation: Il s’agit du trouble anxieux le plus fréquent chez le jeune enfant. Sur le plan épidémiologique, sa prévalence est de 2 à 8 % des enfants de moins de 12ans. L’anxiété de séparation est présente dès les premiers mois de vie avec un pic vers l’âge de 11 ans, à l’entrée en 6ème.
  • Anxiété généralisée: Elle concerne de 3 à 7 % des enfants. L’anxiété généralisée est plus élevée chez les premiers nés et les enfants uniques.
  • Crise d’angoisse aiguë ou trouble panique: Elle est plus rare chez l’enfant et concerne près de 1 % d’entre eux. A l’inverse, elle est plus fréquente à l’adolescence.

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Les symptômes de l’anxiété chez l’enfant

Les symptômes suivants peuvent être le signe d’un trouble anxieux chez l’enfant :

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  • Modification soudaine du comportement : Agitation, irritabilité, crises de colère intenses, l’enfant pleure ou semble inquiet
  • Symptômes somatiques : Maux de tête, maux de ventre, tensions ou crispations dans le corps.
  • Besoin excessif d’être rassuré : L’enfant a excessivement besoin de réassurance ou n’arrive plus à lâcher ses parents.
  • Conduites d’évitement : l’enfant refuse d’aller à l’école ou se faire garder.
  • Problèmes de concentration : L’école peut, par exemple, faire état de difficultés de concentration inhabituelles.

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Age de début des troubles

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Estimations de l’âge moyen de survenue de différents troubles anxieux chez l’enfant (il s’agit bien sûr de moyennes, les troubles pouvant débuter plus tôt chez certains enfants) :

  • 5-6 ans : phobie des animaux.
  • 6-7 ans : anxiété de séparation (avant, il est plus rare de parler d’anxiété de séparation pathologique).
  • 10-12 ans : anxiété généralisée.
  • 11-13 ans : phobie sociales.
  • 13-15 ans : troubles obsessionnels compulsifs.
  • Début de l’âge adulte (20ans) : troubles paniques.

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Des symptômes qui disparaissent rarement spontanément

Les troubles anxieux vont partie des formes les plus stables des troubles psychiques. Il est rare qu’ils disparaissent spontanément, « attendre que ça passe » n’est donc souvent pas une bonne idée.

Les enfants anxieux présentent, de plus, un risque plus élevé de souffrir d’autres difficultés psychiques à l’adolescence ou à l’âge adulte. Des études sur plus de vingt ans (Last 1997, Pine 1998) ont montré que les enfants anxieux ont un risque majoré d’anxiété et de troubles de l’humeur à partir de l’adolescence et ont plus de risque de développer une addiction ou de faire une tentative de suicide à l’âge adulte.

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Enfant anxieux: le rôle d’une thérapie

Le déroulement d’une psychothérapie différera grandement en fonction du type de trouble anxieux. On ne travaillera pas de la même façon avec un enfant qui souffre de toc et avec un enfant qui souffre de phobie scolaire.

Même si chaque enfant est différent, on peut néanmoins faire quelques remarques générales.

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Faut-il lutter contre l’anxiété?

Le problème avec les théories psychologiques telles qu’elles sont vulgarisées, c’est qu’elles ont tendance à laisser entendre qu’il y aurait de mauvaises émotions dont il faudrait se débarrasser (pour ma part, j’essaye d’éviter cet écueil mais je présume que mes articles sont très loin d’être exempts de tous reproches). L’anxiété fait typiquement partie de ces émotions que l’on va considérer comme mauvaise: il faudrait que l’enfant ne soit pas anxieux et, si ses parents sont anxieux, il faudrait qu’ils ne soient pas anxieux non plus ou du moins qu’ils ne transmettent pas leur anxiété à leur enfant.

Mais les choses sont un peu plus compliquées. Peut-être, y a-t-il eu par le passé de bonnes raisons de s’inquiéter. Par exemple, si un drame a eu lieu par le passé de l’enfant des parents ou d’un ancêtre (abus sexuel, harcèlement scolaire, violences, maltraitances, etc.), il paraît tout à fait logique et compréhensible que la famille soit un peu sur-protectrice. Les bons conseils de gens qui n’ont pas connu ce genre de drames seraient totalement mal venus. Dans ces cas-là, le rôle d’une thérapie peut être parfois d’évoquer cet événement et s’il s’agit d’un secret de famille de réfléchir au fait d’en parler ou non avec l’enfant.

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Psychothérapie de l’anxiété : le rôle de l’environnement

La question qui se pose avec l’anxiété est donc d’une manière plus générale de savoir si le problème c’est l’anxiété elle-même ou les réactions de l’environnement à l’anxiété.

Dans un monde parfait (qui malheureusement n’existe pas), un enfant anxieux serait rassuré et soutenu face à ses inquiétudes par ses professeurs, ses camarades, ses frères et sœurs et par tous les membres de la famille élargie. Dans ce cas, je suis sûr que cet enfant souffrirait assez peu de son anxiété. Le problème est que, bien souvent, les choses ne se passent pas comme cela. L’anxiété est vue comme une faiblesse ou une anormalité par l’extérieur. Des enfants vont se moquer, tel enseignement ou professionnel de santé va trouver que ce n’est pas normal et que c’est très inquiétant pour son avenir, tel membre de la famille va dire que c’est la faute de ses parents qui le protègent trop ou pas assez, qui lui transfère son stress, etc.

Ainsi, ces réactions vont rajouter à l’anxiété la honte, la culpabilité ou le sentiment de ne pas être comme il faut. Des émotions qui ne vont pas aider à vaincre l’anxiété, c’est certain.

Dans un premier temps, la thérapie va donc avoir souvent pour objectif de réfléchir à toutes ces réactions extérieures: est-ce que le problème tient à l’enfant ou à la manière dont il est vu? Ce changement de perspective permet parfois d’ouvrir des pistes: Il est possible de parler avec tel ou tel camarade, tel membre de la famille,etc pour lui dire de ne plus se moquer ou de ne plus donner de conseil.

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Ne plus culpabiliser les parents

Il est assez fréquent qu’un des parents d’un enfant souffre également d’un trouble anxieux. Là encore, la culpabilisation risque de ne faire qu’accentuer le problème. Beaucoup de parents me disent qu’ils aimeraient « ne pas transmettre » leur stress ou leurs peurs à leur enfant. Le problème c’est que c’est très difficile et que, là encore, on renvoie aux parents l’idée qu’être anxieux ou être stressé est une mauvaise chose dont il faudrait se débarrasser, comme s’il s’agissait d’une mauvaise habitude. Imaginons qu’un événement douloureux soit arrivé à un des parents : cela veut dire que non seulement il ou elle va souffrir du souvenir de cet événement mais qu’en plus, si la douleur a des conséquences sur l’enfant, ce serait aux parents de s’en culpabiliser ou d’être pointés comme responsable…

La question du sens de l’anxiété est donc essentielle. Une fois que l’origine de l’anxiété est mieux comprise, il est bien sûr possible de chercher à être moins impactée par cette anxiété. Mis il ne s’agit plus alors de simplement se débarrasser d’une mauvaise partie de soi.

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Consulter sur Paris pour des troubles anxieux

Si vous pensez que votre enfant souffre d’un trouble anxieux, il peut être important de demander conseil à un professionnel.

Si vous habitez à Paris un psychologue du cabinet Psy-enfant peut vous recevoir, que ce soit pour une consultation ou pour entamer un psychothérapie.

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Pour aller plus loin: La Maison des Maternelles: l’anxiété chez les enfants

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Bibliographie:

  • Denis H., Traiter les troubles anxieux chez l’enfant et l’adolescent. Du diagnostic à la prise en charge, Dunod, 2017.
    George G, Villemonteix T., Soigner l’anxiété sociale et le stress chez l’enfant et l’adolescent. La thérapie d’estime et d’affirmation de soi, Retz, 2015.
  • Amar, Nadine, Annick Le Guen, et Agnès Oppenheimer. Angoisses : pluralité d’approches. Vol. 2. Presses Universitaires de France, 1997
  • Widlöcher, Daniel. « Le langage de l’angoisse », Libres cahiers pour la psychanalyse, vol. 21, no. 1, 2010, pp. 17-33.
  • Assoun, Paul-Laurent. « « On apeure un enfant ». L’inconscient de la peur », La lettre de l’enfance et de l’adolescence, vol. no 56, no. 2, 2004, pp. 11-20.

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