Trouble attentionnel

Le trouble attentionnel: qu’est-ce que c’est?

Le Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (abrégé sous le nom de TDAH) est caractérisé par des difficultés de concentration associées ou non à de symptômes d’hyperactivité ou d’impulsivité. Classiquement, on distingue trois formes de ce trouble : dans la première, ces trois dimensions sont présentes, dans la deuxième, l’impulsivité et l’instabilité sont au premier plan, alors que dans la troisième, ce sont les troubles avec inattention qui prédominent.

.

Prévalence

Selon des études récentes réalisées dans différents pays, près de 5 % des enfants et des adolescents pourraient souffrir d’un TDAH. Les garçons sont plus souvent touchés que les filles et on le retrouve plus souvent chez des enfants de moins de 12 ans que chez des adolescents.

En France, les études obtiennent des résultats légèrement moins élevées. La prévalence varie, selon les études, de 3 à 4,5% des enfants d’âge scolaire. Récemment, une étude réalisée par le professeur Lecendreux et ses collègues auprès d’enfants âgés de 6 à 12 ans a conclu à une prévalence de 3,5 %, (avec 46% de tdah de type inattentif, 40% de type hyperactif-impulsif et 13% de type mixte).

Comme nous le verrons, il est très probable que ces chiffres soient surévalués du fait d’une définition trop extensive du tdah.

.

TDAH chez les adolescents et les adultes

Le TDAH est plus souvent diagnostiqué chez les enfants que chez les adultes et les études portent préférentiellement sur les enfants. Toutefois, il ne faut pas penser pour autant que les tdah touchent uniquement les enfants. Ce trouble persiste ainsi à l’adolescence dans 40 % à 70 % des cas et même jusqu’à l’âge adulte chez un peu moins de la moitié des enfants qui en sont atteints.

.

tdah: des jouets passent par toutes les émotions

 .

Les principaux symptômes du tdah

Le diagnostique du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité s’établit autour de 3 grands groupes de symptômes : l’inattention, l’hyperactivité et l’impulsivité. Ces symptômes doivent présenter une souffrance pour l’enfant ou impacter fortement son développement ou ses apprentissages pour avoir une valeur diagnostique.

.

1. L’inattention

L’inattention se caractérise par :

  • Une difficulté à être attentif de façon soutenue à une tâche ou une activité particulière.

  • Des erreurs d’inattention dans les contrôles à l’école ou dans les autres activités.

  • Une difficulté à commencer et à terminer ses devoirs ou ses autres tâches.
  • Une impression que l’enfant ne nous écoute pas lorsqu’on s’adresse à lui.
  • Une difficulté à retenir les consignes et à les appliquer, bien qu’elles soient comprises.
  • Une difficulté à s’organiser.
  • Une tendance à être très facilement distrait et à faire des oublis dans la vie quotidienne.
  • La perte fréquente d’objets personnels (jouets, crayons, livres, etc.).

.

2. L’hyperactivité

Elle est caractérisée par :

  • Une tendance à souvent remuer les mains ou les pieds, à s’agiter en classe.
  • Une difficulté à rester assis en classe ou ailleurs.
  • Une tendance à courir et à grimper partout.
  • Des difficultés à apprécier et à s’intéresser à des jeux ou à des activités calmes.

.

3.L’impulsivité

L’impulsivité est définie par :

  • Une tendance à interrompre les autres ou à répondre à des questions qui ne sont pas encore terminées.
  • Une tendance à imposer sa présence, à faire irruption dans les conversations ou les jeux. Une difficulté à attendre son tour.
  • Une tendance à se montrer imprévisible et changeant.
  • De fréquentes sautes d’humeur.

.

Distinguer agitation et hyperactivité

Tous les enfants agités ne sont pas pour autant hyperactifs et il faut rester extrêmement prudent face à certains diagnostiques portés trop rapidement par des professionnels non qualifiés (certaines écoles peuvent parfois parler d’hyperactivité pour désigner tous les enfants turbulents). Il convient donc de s’adresser à des professionnels (psychiatres, psychologues ou neuropsychologues) pour établir un diagnostique différentiel précis.

Pour Agnès Pargade, pédopsychiatre, spécialiste de l’hyperactivité : La différence entre un enfant très turbulent et un hyperactif est que le premier peut se calmer si on le lui demande de façon énergique alors que le second, lui, ne pourra contenir son besoin de bouger, de s’emparer des objets autour de lui.

Pour le professeur Braconnier, il existe par ailleurs des enfants qui se situent à la frontière de l’agitation et de l’hyperactivité et pour lesquels il n’est pas aisé d’établir un diagnostique: « c’est l’intensité des troubles, leur répétition et leur impact sur la vie de l’enfant et de la famille qui fera la différence. Les pédopsychiatres ont parfois besoin de prendre du temps avant de poser un diagnostic ».

Pour mieux comprendre la différence entre hyperactivité, agitation et trouble de la concentration, n’hésitez pas à consulter mon article à ce sujet

.

Tdah : le risque du sur-diagnostique

Dans un article du British Medical Journal, des professionnels et des scientifiques mettent en garde contre une définition trop large de l’hyperactivité et des troubles attentionnels chez les enfants.

En effet, selon eux, il existerait de nos jours une tendance au surdiagnostic du tdah chez des enfants pour qui les traitements pourraient alors s’avérer nocifs (le recours excessif aux traitements médicamenteux des tdah étant particulièrement critiqué). Cette mise en garde survient alors que le nombre d’enfants diagnostiqués pour un tdah a très fortement augmenté au cours de ces dernières années dans différents pays. Le diagnostique de tdah a ainsi doublé chez les enfants et quadruplé chez les adolescents au Royaume-Uni entre 2003 et 2008. De la même façon, en Australie, le nombre d’enfants diagnostiqués tdah a augmenté de 73% entre 2000 et 2011.

Autre point qui doit être pris en compte, le diagnostique de tdah peut être très influencé par des facteurs environnementaux (la place de l’enfant dans la classe, le regard que porte l’enseignant etc.). Ainsi, par exemple, les enfants nés en début d’année auront plus tendance à être diagnostiqués tdah. Comme le souligne Jean-Claude St-Onge, professeur et philosophe québécois :

«  Aux États-Unis et en Islande, les plus jeunes de leur classe sont respectivement 64 et 50 % plus susceptibles de recevoir le diagnostic que les plus âgés. En Colombie-Britannique, ce taux est de 70 % chez les filles et 30 % chez les garçons ».

A titre personnel, je constate également dans mes séances ou dans mes échanges avec les écoles ou d’autres professionnels que la notion de tdah entraîne une grande confusion. 

Dans la majorité des cas les symptômes d’agitation chez l’enfant ressemblent plus à une forme de stress (surtout si l’agitation n’a lieu qu’à certains moments) qu’à un strict trouble neurologique.

Le diagnostique de tdah ne doit donc pas être lu uniquement dans une perspective neuro-cognitive (comme si le cerveau de l’enfant était une entité en soi, détachée de son environnement) mais pensé dans une perspective globale.

De ce point de vue, le fait de devoir passer par la mdph (la maison de la personne handicapé) pour pouvoir avoir accès à certaines aides est un non-sens pour tous les troubles légers. En effet, l’administration scolaire confond symptômes anxieux (l’agitation, certains troubles de la concentration) et troubles neurologiques relevant du handicap. Cette confusion n’aide ni les enfants qui souffrent vraiment d’un handicap ni ceux qui sont agités, anxieux ou stressés.

.

Pour en savoir plus :

Une vidéo dans laquelle le professeur Marcel Rufo, pédopsychiatre, parle de l’hyperactivité du sur-diagnostique et de son expérience de thérapeute. La vidéo est longue mais Marcel Rufo étant un très bon orateur, on l’écoute avec plaisir (Rencontre avec Marcel Rufo. lycée Jeanne d’Arc à Mulhouse).

.

.

Bilans psychologiques

Dans l’hyperactivité, il n’est pas rare que l’enseignant demande à la famille de réaliser un bilan soit auprès d’une psychologue scolaire soit dans un cabinet de psychologue afin de mieux comprendre les difficultés de l’enfant et de poser un diagnostique. Parfois, ce sont les parents qui s’inquiètent d’un comportement ou d’un rapport difficile aux apprentissages et souhaitent mettre des mots sur une difficulté.

Ainsi, afin de mieux cerner aux mieux les différences entre agitation et hyperactivité et de savoir plus précisément quel type d’aide sera le plus utile, il peut être utile de réaliser un bilan psychologique. Il permet d’identifier les ressources et les fragilités de l’enfant ou de l’adolescent afin de mieux comprendre le sens de l’agitation ou de l’hyperactivité.

Le bilan recouvre des épreuves standardisées (test psychométriques, Wisc, mais aussi Rorschach, Tat…) et une rencontre clinique qui permettent d’évaluer la sphère cognitive (la capacité à penser et à apprendre) et émotionnelle.

Tdah, hyperactivité:

Faire un bilan psychologique

 .

.

Tdah : psychothérapie, aide et soutien aux familles

En fonction de la gravité des troubles, de leur impact sur la vie familiale et scolaire de l’enfant, différentes formes d’aides peuvent être mises en place.

Comme d’habitude dans le monde de la psychologie, les débats autour de la prise en charge du tdah ont donné lieu ces dernières années à des débats et des conflits théoriques et médiatiques très chargés émotionnellement, chacun étant persuadé de détenir la vérité sur cette question.

En réalité, chaque situation est différente et les solutions ou les aides que l’on peut apporter aux enfants ne seront pas toujours les mêmes. Ce qui vaut pour un enfant ne vaut pas pour un autre. Il faut donc éviter de trop généraliser.

Dans la plupart des cas, les aides qui peuvent être mises sont de quatre ordres:

.

Adapter l’environnement au trouble de l’enfant

Il s’agit de permettre que les difficultés de l’enfant soient le moins impactantes possibles sur sa réussite scolaire et son épanouissement à l’école et à la maison. Pour ce qui est de l’école, en fonction de la sévérité des troubles, un certain nombre d’aides peuvent être mises en place:

  • Un suivi personnalisé avec des réunions regroupant la famille et les professionnels pour penser certaines adaptations: cours photocopiés, aides dans certaines matières, adaptation de l’environnement de travail, intervention du rased dans les écoles où cela est possible, etc.
  • La mise en place d’un temps supplémentaire pour les évaluations, ce qui permet aux enfants de vraiment montrer ce qu’ils savent et non d’être pénalisés parce qu’ils ne finissent jamais leurs devoirs.
  • La mise en place d’une AVS, c’est-à-dire d’une personne qui va aider l’enfant à être plus apaisé et à être plus concentré sur ses apprentissages.

Certaines mesures nécessitent de faire une demande auprès de la Mdph. Ces aides peuvent être ré-évaluées au fil du temps. Lorsque les difficultés d’attention ou de concentration sont modérées, il n’est pas rare qu’au bout de quelques années, l’enfant n’ait plus besoin d’aide particulière.

.

Mettre en place une thérapie pour l’enfant ou ses parents

Les troubles de l’attention peuvent susciter beaucoup de souffrance chez l’enfant mais aussi pour ses parents qui finissent par être épuisés, culpabilisés, débordés par des conseils souvent contradictoires ou des jugements de valeur des proches ou de la famille (« tu ne sais pas lui fixer des limites », « tu devrais faire ceci ou cela », etc.).

Malgré toute la bonne volonté ou la bienveillance du monde, les parents peuvent finir par ressentir beaucoup de colère ou de frustration et se sentir seuls ou incompris (y compris d’ailleurs par les psychologues).

Une boucle négative risque alors de se mettre en place:

1. L’enfant est agité et difficile à vivre au quotidien

2. Les parents se sentent débordés et demandent du soutien autour d’eux.

3. Au lieu de soutien, ils reçoivent des jugements négatifs.

4. Les parents sont encore plus agacés ou démoralisés

5. L’enfant a l’impression que c’est de sa faute, qu’il n’est pas comme il faut et ses symptômes ne font qu’augmenter.

et la boucle continue encore et encore.

 

Dans ce cas, il est important de briser ce cercle vicieux sans pour autant vendre une méthode miracle.

Face à ces situations de blocage, un soutien familial peut être d’une grande aide. L’objectif est d’abord de remettre de la bienveillance dans la situation, d’identifier ce qui aide et ce qui n’aide pas l’enfant et ses parents.

Une aide spécifique pour l’enfant peut également être mise en place. Personnellement, je pense que le travail avec toute la famille est néanmoins essentiel et doit souvent avoir lieu avant de mettre en place une aide individuelle. Sinon, la boucle négative de type « on nous dit que notre enfant n’est pas comme il faut », n’a pas été brisée.

De plus, les parents sont souvent très en souffrance dans ce type de trouble et, si on les laisse de côté, ils risquent de s’épuiser. C’est d’ailleurs sur ce principe que fonctionnent les CMP et CMPP où la famille est toujours reçue dans un premier temps. Dans ma pratique libérale, il n’est d’ailleurs pas rare qu’un parent puisse faire une demande pour lui-même afin de pouvoir parler de son épuisement, de sa tristesse ou de sa colère. Cette question est essentielle et renvoie de façon plus générale au manque criant de soutien aux aidants en France.

.

Hyperactivité: travail autour du corps et psychomotricité

Qu’il s’agisse d’agitation, d’hyperactivité ou de difficulté de concentration, la prise en charge en psychomotricité peut être d’une grande aide. En effet, puisque le symptôme passe par le corps, il peut être très utile de travailler autour du corps. La psychomotricité va aider l’enfant à mieux ressentir l’expression de ses émotions dans son corps, à mieux ressentir la différence entre tension et détente et à ne plus avoir honte de sa manière d’être et d’être en lien avec les autres.

Ce type de prise en charge est assez récent et n’est parfois pas assez utilisé alors qu’il peut être très utile.

.

Choix d’activité

Les activités péri-scolaires, lorsqu’elles viennent en plus des autres formes de soutien, peuvent être d’une grande aide. Il est difficile de dire a priori quelle type d’activité plaira ou non à l’enfant. L’ambiance du groupe, la relation avec le professeur ont une très grande importance.

N’hésitez donc pas à faire des cours d’essais de plusieurs activités en fin d’année scolaire pour préparer la rentrée. Si vous êtes mal accueilli, si vous ne le sentez pas, faites vous confiance et essayez de voir s’il n’existe pas d’autres cours ailleurs. Certaines pratiques qui peuvent paraître intéressantes sur le papier (par exemple le judo ou le yoga pour enfant) peuvent parfois être trop difficiles ou trop exigeantes pour l’enfant. A l’inverse, il peut arriver que l’on soit surpris: j’ai vu des enfants qui ne tenaient pas en place en classe ou dans mon bureau, s’épanouir en faisant du tir à l’arc, de la pêche ou en jouant aux échecs.

Ce qui compte le plus c’est le plaisir que l’enfant va pouvoir prendre à travers cette activité, qu’il se sente bien intégré dans un groupe. Certains éducateur sportifs (en athlétisme, dans les sports collectifs comme le football ou le rugby, etc.) ont eux-mêmes été des enfants agités. Dans ce cas, leur aide est souvent très précieuse. Il ne vont pas considéré l’enfant comme un être différent ou anormal mais se reconnaître en lui et pouvoir mieux le comprendre et l’aider.

.

.

Consulter un psychologue sur Paris

Si vous pensez que votre enfant souffre d’un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, il peut être important de demander conseil à un professionnel.

Si vous habitez à Paris, Montreuil ou en île de France, les psychologues de Psy Enfant peuvent vous recevoir que ce soit pour un bilan  ou pour entamer un psychothérapie.

Pour les autres villes de France, il existe différents annuaires de psy, je vous conseille notamment :

  • Le site du SNP (syndicat national des psychologues).
  • L’annuaire des psychiatres sur le site Ameli.

 

Bibliographie:

  • Voyazopoulos, Robert. « Enfant instable, enfant agité, enfant excité », Enfances & Psy, vol. no14, no. 2, 2001, pp. 26-34.
  • Delvenne, V. (2007). De l’hyperactivité dans l’enfance à la dépressivité à l’adolescence. La psychiatrie de l’enfant, 50 (1), 81-96.
  • Golse, B. (2004). Comment devons-nous traiter l’hyperactivité avec déficit de l’attenion. Le carnet psy, 89 (3), 23-29.
  • Gonon, F., Guilé, J.M., & Cohen, D. (2010). Le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité : données récentes des neurosciences et de l’expérience nord-américaine. Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence, 58, 273-281.
  • GAZON V. De la psychomotricité et de la place du corps dans l’hyperactivité. Annales Médico-Psychologiques 2006 ; 164(7) : 620-624

Auteurs/autrices