Différence entre Tdah, agitation et troubles de la concentration

Trop souvent et notamment à l’école, le mot de tdah  est utilisé pour désigner, de manière un peu floue, tous les enfants qui posent problèmes à travers leur comportement. En centre de consultation (CMPP), on voit très régulièrement des parents qui viennent consulter persuadés que leur fils souffre d’un trouble neurologique après que la maîtresse, un ami ou un membre de la famille leur ait dit que leur enfant « était sans doute tdah ».

Or, dans de nombreux cas, leur fils était seulement casse-pied ou n’aimait pas l’école, telle activité ou tel membre de la famille. Mais être casse-pied n’est pas un trouble psychologique (et heureusement…). 

Ce flou dans la définition n’aide ni les enfants, ni les parents, ni les écoles. Je vais donc essayer, dans cet article, de préciser les différences entre Tdah, agitation et trouble de la concentration

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Le trouble de l’agitation avec ou sans hyperactivité (Tdah) : un diagnostic confus

Une définition trop large

Le trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité (tdah) a vu sa définition s’élargir au cours de ces dernières années ce qui a entraîné la confusion actuelle. Je pense qu’il est important de distinguer ce qu’on pourrait appeler tdah « grave » ou « vrai »  tdah et ce que certains neurologues appelleraient tdah « léger » et que l’on avait coutume d’appeler agitation ou difficulté d’attention.

Cette confusion récente entre trois problèmes différents (hyperactivité, agitation et trouble de l’attention) et la surmédiatisation du tdah est très regrettable. Je pense qu’il y a là un vrai problème de classification. Pour la majorité des gens, y compris de certains professionnels, tdah signifie « hyperactif ». Or ce n’est pas le cas : tadh signifie trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité. C’est donc une notion très large, très extensive. A l’usage, elle est en train de devenir une étiquette fourre-tout dont plus grand monde ne sait ce qu’elle désigne.

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Le rôle du diagnostic

Le but d’un diagnostic psychologique, c’est d’orienter les soins, de savoir ce qu’on va pouvoir faire pour aider un enfant. On ne prendra pas en charge de la même façon un enfant qui souffre d’hyperactivité et un enfant « agité », stressé par son environnement ou angoissé.

Pour que les mots aient un sens il faut qu’ils désignent une réalité claire et facilement définissable et non un ensemble de troubles tellement différents les uns des autres que l’on ne sait plus de quoi l’on parle, et de différencier hyperactivité, agitation et trouble de l’attention.

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tdah et agitation différences

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 L’hyperactivité, ou le « vrai » tdah

Le tdah au sens strict est un trouble neurologique. L’enfant ne peut pas se poser plus de quelques minutes, jamais. Il ne peut pas fixer son attention, est largement mis en échec dans ses apprentissages. Les difficultés sont anciennes et ne sont pas rattachées à des données environnementales (stress scolaire, familial etc.) ou à des événements de vie.

Il ne s’agit donc pas d’un problème émotionnel. C’est pour cela que l’on définit le tdah comme un « handicap » (un terme fort là encore qui est malheureusement utilisé à tort et à travers pour de trop nombreux troubles psychologiques depuis quelques années).

Dans la prise en charge, des aménagements seront mis en place avec l’école et une prescription médicamenteuse (notamment la Ritaline) sera envisagée.

Ces cas sont fort heureusement très rares. La prescription de Ritaline en France est très encadrée, seuls des psychiatres praticiens hospitaliers peuvent initier ces traitements qui s’avèrent efficaces s’ils sont prescrits dans ce cas précis. En France, contrairement aux Etats-Unis où l’usage de ce médicament paraît très abusif, seuls 20.000 enfants sont traités par Ritaline.

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L’agitation, un symptôme très fréquent

Contrairement au tdah qui est un trouble, l’agitation doit d’abord être vue comme un symptôme, qui plus est un symptôme de plus en plus fréquent. L’agitation, la difficulté à tenir en place, à rester calmement assis sur sa chaise en classe ou pendant un repas de famille ne nécessite évidemment pas de recourir à un traitement médicamenteux.

L’agitation est un symptôme assez  fréquent chez les enfants depuis quelques dizaines d’années. Chez les garçons de primaire, il concerne tellement d’enfants qu’on pourrait presque le définir comme un symptôme « normal » (au sens où il concerne plus de la moitié des enfants).

L’agitation est un symptôme qui a très souvent à voir avec ce que l’on pourrait nommer un peu rapidement du « stress ».

On sait aujourd’hui que chez les adultes le stress est le nouveau « mal du siècle ». Ce stress se traduit par de l’agitation, un sentiment de nervosité, une difficulté à se concentrer, etc. On sait également que des causes environnementales (plus que génétiques ou neurologiques) augmentent ce stress : organisation du travail, précarité de l’emploi, usage des écrans, rapport anxiogène à l’information,  société sur-valorisant la performance et la réussite individuelle, etc.

Comment ce stress pourrait-il épargner les enfants ? Comment les mêmes causes pourraient-elles ne pas produire les mêmes effets ?

Depuis quelques dizaines d’années, les enfants s’agitent plus, de la même façon que les adultes se stressent plus. Face des enfants « agités », il est donc préférable de commencer par s’interroger sur tout ce qui pourrait les stresser, les inquiéter, bref les agiter intérieurement. Ceci est d’autant plus vrai lorsque cette agitation est circonscrite à un lieu en particulier (l’école, la maison, telle activité, etc.) ou qu’elle est récente.

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Les troubles de l’attention : des troubles d’intensité très variable

Les difficultés d’attention chez l’enfant peuvent prendre des formes très diverses allant d’un papillonnement normal face à des tâches rébarbatives à des troubles neurologiques pouvant impacter la scolarité.

Mais il est important de bien distinguer les troubles de l’attention de l’hyperactivité. En effet, alors que l’hyperactivité stricte renvoie à une problématique d’abord neurologique, ce n’est pas le cas des troubles de l’attention. Dans ma pratique en CMPP comme en cabinet libéral, j’ai constaté que les difficultés d’attention sont très souvent liées à des questions émotionnelles.

Prenons deux exemples assez typiques :

  • Concentration et inquiétudes :

Une enfant n’aime pas les mathématiques (et a peur d’être vue comme « nulle » en maths) mais elle veut faire plaisir à la maîtresse et à ses parents. Elle essaye mais « malheureusement » n’arrive pas à se concentrer. Si on se centre sur des questions de compétences ou troubles neurologiques, jamais elle ne pourra exprimer une parole « vraie » du type : « je n’aime pas les maths, je n’ai pas envie de faire des efforts pour qu’on me dise ensuite que je suis « nulle » ». Si une telle parole (c’est un exemple bien sûr) pouvait être dite, la petite fille pourrait être rassurée et la situation pourrait sans doute évoluer peu à peu.

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  • Concentration et préoccupations :

Pour un enfant comme pour un adulte, il est plus difficile de se concentrer lorsque l’on est préoccupé. De nombreux enfants ont plus de mal à se concentrer lorsqu’ils ont des soucis (par exemple après un divorce, un décès dans la famille) s’ils sentent que leur parents sont inquiets à cause du travail, d’un problème familial, ou lorsqu’ils sont déprimés (dans ce cas ce sont les ruminations anxieuses qui vont gêner la concentration).

Là encore, s’interroger sur l’environnement (notamment la pression de l’école qui est très fréquente) est souvent utile. Si on ne voit dans les troubles de l’attention qu’un pur problème de performance, on risque de  « mettre un couvercle » sur les émotions.

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difference tdah agitation 2

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Conclusion: n’hésitez pas à questionner les professionnels

Même si on peut avoir tendance à les confondre, tdah, agitation et troubles de la concentration sont des problèmes différents. Ils sont très souvent liés à des causes différentes. Les réponses thérapeutiques, la manière de les penser ne peuvent pas être identiques.

Il est donc important de ne pas mettre les mêmes mots sur des problèmes distincts. Dire d’un enfant, agité par son inquiétude et des ruminations anxieuses, qu’il est « handicapé », ce n’est pas lui rendre service. Plutôt que de l’aider, cela risque de l’enfermer dans une image négative de lui-même. A l’inverse, passer à côté d’un trouble neurologique peut être préjudiciable pour l’enfant.

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Si vous pensez que votre enfant souffre d’agitation, de difficultés de concentration ou d’hyperactivité, n’hésitez pas à questionner les professionnels Ils pourront spécifier leur diagnostic et vous aurez ainsi une compréhension plus juste des difficultés de votre enfant.

Vincent Joly

Psychologue et psychothérapeute en cabinet libéral et en CMPP, Vincent Joly est professeur à l'université Paris Descartes auprès des étudiants de Master.  Il a publié avec Pierre Gaudriault : Construire la relation thérapeutique, prévenir l'abandon précoce des thérapies (éditions Dunond).

 
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