Méditation à l’école : les enfants peuvent-ils méditer? – par Benoît Hsu

Remarque :  Cet article est extrait du mémoire de fin d’étude de Benoît Hsu, enseignant, intitulé : La méditation de pleine conscience à l’école ( ESPE CVL – École supérieure du professorat et de l’éducation – Centre Val de Loire ).

 

Les enfants peuvent-ils méditer ?

Selon le psychiatre Christophe André [E. Snel – 2013], la méditation pour les enfants était, il y a quelques années encore, un domaine quasi inexploré dont la démarche semblait « trop difficile et trop “intellectuelle” pour un si jeune public ». Or, il est admis aujourd’hui qu’il n’est pas obligatoire qu’une méthode de méditation soit complexe pour être utile. Exemple en est de la pleine conscience qui est un outil simple et efficace puisqu’elle passe notamment par les sensations corporelles et le langage du corps, vecteurs naturels et donc idéaux pour les enfants. De même, il était convenu que les enfants n’avaient pas besoin de la méditation car, nous explique C. André, « ils ne souffraient pas d’angoisse, d’anxiété ni de stress. Or, les états  d’âme douloureux existent bel et bien dans l’enfance ». Ainsi, les exercices proposés par la méthode “l’attention ça marche !”, assure Eline Snel [2013], conviennent à tout enfant qui « souhaite s’accepter tel qu’il est et avoir davantage confiance en lui-même. Beaucoup d’enfants, en effet, n’ont pas une bonne estime d’eux-mêmes ».

Il existe aujourd’hui un nombre de plus en plus important de travaux scientifiques traitant des effets de la pleine conscience auprès des enfants. Sont notamment étudiés : leur équilibre émotionnel, leur capacité de résilience, la qualité de leurs échanges familiaux et leurs capacités attentionnelles (notamment dans le travail scolaire et les apprentissages). Nous allons nous pencher sur l’ensemble de ces travaux, et il semble judicieux de commencer par présenter le contexte international actuel de la pratique de la méditation au sein des différents systèmes éducatifs.

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un enfant médite assis

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Contexte actuel de la méditation dans le système scolaire

Directement inspirés du programme MBSR, les protocoles de méditation de pleine conscience adaptés aux enfants – et parfois spécifiquement pour le cadre scolaire – sont plus ludiques et suscitent un réel intérêt dans le monde occidental.

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La méditation dans les écoles canadiennes

Au Canada par exemple, C. Lee, professeur des élèves de septième année (équivalent du CM2), débute toujours la journée par un exercice de pleine conscience (tiré du programme éducatif MindUp) axé sur la respiration (écoute et maîtrise) [F. Renault – 2015] ou l’écoute d’une musique classique. Le programme MindUp – qui aide à combattre le stress ou la dépression en se recentrant sur l’instant présent – est appliqué depuis près de dix ans dans les écoles de Vancouver. MindUp ajoute seulement à la formule initiale des méditations de pleine conscience « des leçons d’empathie, de contrôle des émotions ou encore d’optimisme », explique F. Renault. C’est, selon ses dires, « un cocktail de positivité appelé “apprentissages émotionnels et sociaux”, qui a pour but d’améliorer le bien-être des élèves et, in fine, leur réussite scolaire ». « Le pays a fait du développement personnel et social l’un des fondamentaux à acquérir au même titre que le lire-écrire-compter cher à l’éducation nationale en France » [J. Peron – 2015].
Alors qu’autrefois était visée la formation d’élèves aux « têtes bien pleines », explique la psychologue et professeure du développement humain K. Schonert-Reichl, aujourd’hui l’objectif est bien plus de développer des individus aux « compétences humaines de contrôle de soi et de travail en équipe » [F. Renault – 2015].

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La méditation dans les écoles hollandaises

Aux Pays-Bas, l’institution scolaire propose même depuis 2009 aux enseignants qui le souhaitent de financer leur formation à la méthode d’Eline Snel, qui est parvenue à convaincre son gouvernement d’enseigner la méditation à l’école. Ainsi, 300 professeurs et autres professionnels de l’enfance sont maintenant qualifiés aux Pays-Bas (après avoir validé 149 heures de travail en neuf mois et rédigé un mémoire de quinze pages) pour exercer cette discipline auprès d’enfants à l’école ou dans des centres spécialisés.
En parallèle, une centaine d’enseignants et autres professionnels ont été formés ou sont en cours de formation en France et en Belgique, et environ 100 autres le sont en Allemagne, en Suisse et à Hong Kong. La pratique commence à faire des émules car dans les pays anglo-saxons et scandinaves, cette formation est de plus en plus encouragée et
répandue au sein des professionnels de l’éducation.

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méditer à l'école : un enfant marche

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En France: situation de la méditation à l’école

Qu’en est-il de la France ? Il semble que par la force et la pertinence du travail d’Eline Snel, l’école française s’ouvre peu à peu à la problématique du versant psychique de l’individu et du lien psycho-cognitif entre bien-être et disponibilité mentale.
Cependant la France reste en retard quant à l’expérimentation de techniques nouvelles mais scientifiquement fondées, concernant la gestion de classe et l’aide à l’épanouissement des individus. « Si on ne considère pas l’enfant comme un être sensible, on ne sera pas en mesure de lui apporter ce dont il a besoin pour être disposé aux différents apprentissages » [F. Renault – 2015].

C. Cros nous explique qu’en France, il s’agit pour l’heure de prouver scientifiquement les bienfaits du programme d’Eline Snel « l’attention ça marche ! » [2015]. Alors seulement les formateurs auront leur pleine légitimité à l’enseigner partout. En ce sens, une première vaste évaluation scientifique a été amorcée à la rentrée 2015 sous la direction du Laboratoire INSERM de l’Université de Bordeaux dans plusieurs établissements scolaires français et belges. Cette étude vise justement à évaluer les effets de la méthode « L’attention, ça marche ! » sur la réussite scolaire et le bien-être des enfants à l’école.